In Memoriam

 

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Durant mes périgrinations ichtyologiques, j’ai eu l’occasion de rencontrer certains grands noms de l’ichtyologie et de l’aquariologie mondiales. Personnes qui sont trop tôt disparues et à qui je voulais rendre hommage. Merci messieurs.

Ces articles sont parus dans la revue Cybium de la Société Française d’Ichtyologique.

Luc DE VOS

1957-2003

Luc De Vos est mort. Cette assourdissante nouvelle résonne dans la brousse et dans tous les fleuves d’Afrique auxquels il a consacré sa vie. Une onde de détresse s’est propagée lorsque le soleil a disparu à l’horizon et qu’a débutée la longue nuit africaine. Durant un bref instant tout est devenu silence et une nouvelle étoile s’est mise à scintiller.

Nous l’avons tous connu et avons ensemble partagé des moments de fraternité, mais aussi des échanges scientifiques fructueux.

Luc De Vos a obtenu son doctorat en Sciences Naturelles à l’Université Catholique de Louvain (Belgique) en 1983 grâce à son travail sur la révision systématique des poissons-chats de la famille des Schilbeidae africains. Ses travaux portent sur la taxinomie, la zoogéographie, la diversité, l’ostéologie, la morphologie, la faunistique et la conservation des poissons africains.

De décembre 1983 à janvier 1987, Luc a été chercheur assistant en ichtyologie à l’INRS (Institut national de Recherche scientifique, Butare, Rwanda). De janvier 1987 à juillet 1991, il était enseignant à la Faculté des Sciences de l’Université de Kisangani (UNIKIS) en République Démocratique du Congo (RDC) et conservateur au Musée de Zoologie à cette même Université.

Luc a collaboré avec l’Université Catholique de Louvain, section Systématique et Écologie, et le Musée royal de l’Afrique centrale (MRAC), section Vertébrés à Tervuren, entre août 1991 et avril 1992.

Puis, de mai 1992 à février 1996, Luc a travaillé comme responsable de projet et ichtyologiste au Centre régional de Recherche en Biologie appliquée (CRRHA à Bujumbura au Burundi pour les pays du CEPGL (RDC, Burundi et Rwanda). À cette occasion, il s’est plus particulièrement intéressé à la faune ichtyque du lac Tanganyika, à la biodiversité des milieux aquatiques et à la faune ichtyologique des rivières et petits lacs des pays du CEPGL.

Il est retourné au MRAC et à la section Écologie et Aquaculture de l’Institut de Zoologie de l’Université de Louvain de février à juin 1996. Puis, en tant que conservateur ichtyologiste (Afrique centrale et de l’Est) au MRAC d’août 1996 à mars 1997.

Depuis 1997, Luc est le directeur du Département d’Ichtyologie qu’il a créé au National Museums of Kenya, Nairobi. Cela lui a permis de constituer une collection de référence de plusieurs dizaines de milliers de spécimens. Depuis son installation, il avait entrepris de faire un premier inventaire des poissons du Kenya et avait créé une exposition permanente de poissons des grands lacs d’Afrique de l’Est. Il a également décrit plusieurs espèces nouvelles (de Barbus notamment), retrouvé le Pardiglanis et pris soin du Coelacanthe de Malindi (collecte, conservation, exposition). Son initiative et son dévouement lui ont permis de former des étudiants et du personnel qualifié en ichtyologie.

Il avait enfin de multiples projets comme celui d’étendre son action à la région Kenya, Ouganda, Tanzanie et au milieu marin.

Depuis 1984, Luc a acquis une grande expérience de terrain et de laboratoire dans l’étude de l’ichtyofaune de plusieurs lacs et rivières des pays de l’Est africain, la République de Centre-Afrique (RCA), la RDC (ex-Zaïre), le Rwanda, le Burundi, la Tanzanie et maintenant, le Kenya.

Bref, une vie d’ichtyologue très remplie à laquelle il a consacré toute son énergie dans de nombreux pays d’Afrique, de la Côte d’Ivoire au Kenya, en passant par le Burundi, la région de Kisangani en RDC et surtout Kigali. C’était là son havre et il attendait avec impatience de retourner dans “son pays” qu’il avait dû quitter suite aux événements horribles et dramatiques qui prévalent malheureusement encore dans cette contrée.

Les poissons bien sûr, mais surtout l’Afrique et les Africains, telles étaient ses raisons d’exprimer tout à la fois ses compétences, sa passion et son humanité. Certes il retournait chaque année en Belgique, mais sa vie, la vraie, c’était l’Afrique en attendant Kigali. Cette ultime étape, il ne l’aura finalement pas terminée, il s’est arrêté en chemin. Nous savons que ce n’est là que fatalité, car nous avions encore pas mal de pintes de bonne bière à partager ensemble… Ce soir, le chant du tam-tam est lugubre et les Schilbe sont orphelins. Salut l’ami…

Didier PAUGY & Jean-François AGNÈSE

Cybium 2004, 28(1): 3.

Guy TEUGELS

1954-2003

Guy Teugels

Guy Teugels

Guy Teugels, qui est décédé le 22 juillet 2003 dans sa cinquantième année, était mondialement connu pour ses travaux sur les poissons des eaux douces d’Afrique et, en particulier, une famille de poissons-chats, les Clariidae, dont il a entièrement révisé la systématique.

Après l’obtention de son doctorat à l’Université de Louvain (1983), il  débuta sa carrière au Muséum national d’Histoire naturelle à Paris, où il occupa successivement un poste de maître de conférence (1984-87), puis de sous-directeur associé (1987-88) au Laboratoire d’Ichtyologie générale et appliquée. Très apprécié et bien intégré dans cette équipe, il rejoignit cependant le Musée royal de l’Afrique centrale (MRAC) à Tervuren, où il fut nommé conservateur de la collection d’ichtyologie à la fin de l’année 1988. À partir de 1999, Guy Teugels occupa également un poste de professeur au Laboratoire d’Anatomie comparée et Biodiversité à l’Université de Louvain.

Administrateur efficace à la tête du Laboratoire d’Ichtyologie du MRAC, Guy Teugels était avant tout un systématicien. Son thème de recherche principal, l’étude de la biodiversité des poissons africains des eaux douces et saumâtres, incluait la biométrie classique, l’ostéologie et la zoogéographie, mais il s’intéressa aussi à l’écologie et sut trouver des collaborations pour ajouter à ses travaux les approches génétiques et cytogénétiques. Guy Teugels réalisa plus d’une cinquantaine de visites d’études et de missions de terrain entre 1978 et 2001 dans pratiquement tous les états d’Afrique. Très attaché à ce continent, il était sensibilisé aux problèmes liés à l’anthropisation (déforestation, construction de barrages, pollution industrielle des bassins fluviaux) et participa à plusieurs programmes internationaux et africains sur la conservation de la biodiversité des poissons. Il s’impliqua également dans de nombreux projets de développement visant à l’optimisation des potentiels de certaines espèces pour l’aquaculture en conditions expérimentales, en particulier en Afrique de l’Ouest. La production scientifique qui découle de ces différentes activités est impressionnante : il est l’auteur de plus d’une centaine de publications dans diverses revues d’ichtyologie ou hydrobiologie, d’une cinquantaine de chapitres d’ouvrages, de soixante quinze contributions dans des congrès et colloques internationaux. Guy Teugels a contribué à l’édition de sept ouvrages concernant la faune des poissons d’Afrique, sans toutefois pouvoir achever La Faune des poissons de Basse Guinée, qu’il avait à cœur de terminer. Enfin, il faut souligner sa contribution importante à la formation de nombreux jeunes chercheurs européens et africains. Le nombre de plus en plus  important de co-auteurs africains dans sa liste de publication en témoigne.

Guy Teugels était membre du comité de lecture de plusieurs revues africaines et européennes traitant de zoologie, et il était sollicité par bien d’autres pour des révisions. En tant que spécialiste des poissons d’eaux douces, il fut aussi consultant auprès de nombreuses organisations internationales (UNESCO, ICLARM, WHO, WWF, FAO, etc.). Membre de la Société Française d’Ichtyologie, Guy Teugels se rendait régulièrement à Paris pour participer aux réunions du Conseil d’Administration dont il faisait partie ; il ne perdit jamais le contact et garda des liens amicaux avec ses collègues français. Il ne cessa jamais d’entretenir avec eux de fructueux échanges scientifiques. Par ailleurs les 6 et 7 mai 1999, il avait accueilli, à Tervuren, la réunion scientifique et administrative annuelle de la SFI qui sortit ainsi pour la première fois de France. Ce fut pour lui l’occasion de présenter, avec ses collègues ichtyologues flamands et wallons un large panorama de l’ichtyologie belge. C’est avec une grande fierté qu’il nous présenta ensuite les nouvelles installations de la très belle collection de poissons du MRAC pour lesquelles il s’était dépensé sans compter.

Tous ceux qui ont côtoyé Guy Teugels ont été frappés par son incroyable puissance de travail, sa gentillesse et sa valeur scientifique. Scientifique de grande valeur, il avait de grandes qualités humaines et a toujours su rester simple, disponible et chaleureux. Nos pensées attristées vont à sa famille, ses amis et ses collaborateurs du MRAC et de L’Université Catholique de Louvain.

Catherine OZOUF-COSTAZ & Robert TRAVERS

Cybium 2004, 28(1): 5-6.

Jean-Claude NOURISSAT

1941-2003

Jean-Claude Nourissat

Jean-Claude Nourissat

Jean-Claude Nourissat est né le 26 juin 1941 et décédé le 9 novembre 2003. Jean-Claude était marié et avait deux filles. Il était docteur en chirurgie-dentaire à la retraite depuis 2 ans.

Jean-Claude avait une relation charnelle avec l’eau. Salée ou douce, claire ou ragoûtante, il fallait qu’il y plonge. Cet élément l’attirait comme un aimant. Cela tout naturellement, le dirigea vers la plongée en apnée et l’aquariophilie. Ce furent pour lui deux passions dévorantes et dangereuses.

Il chassait le bar avec masque et tuba à près de 45 mètres de profondeur, une ou deux fois par semaine, dans sa chère Camargue.

Son ami de plongée, Jean-Paul, le sauva déjà d’une coulée vers Neptune et Jean-Claude se retrouva à l’hôpital de Marseille. Cela n’altéra pas cette passion mais diminua, un peu, sa fougue.

Jean-Claude commença sa passion pour l’aquariophile très tôt par l’eau de mer, puis les killis. Mais une famille de poissons a su le captiver : les Cichlidés. Ainsi, en 1980, il fût l’un des co-fondateurs de l’Association France Cichlid (AFC) et fût son premier Président pendant un an. Il reprit cette présidence en 1988 pour ne plus la quitter jusqu’au 4 octobre 2003. Il a su donner à cette association une impulsion qui la porta à un sommet national et international (2000 adhérents). Président exemplaire et pêcheur dans l’âme, il voyagea à travers le monde avec des amis à la recherche de ses chers Cichlidés. Ainsi, du nord au sud, il plongea dans tous les pays d’Amérique centrale, au Pérou, au Brésil en Colombie. Mais c’est Madagascar qui eut sa préférence. Chaque année en octobre-novembre, il s’y rendait pour pêcher, mais aussi pour y soutenir des Malgaches démunis par l’envoi de conteneurs entiers, remplis d’objets de première nécessité. Chaque année, Jean-Claude nous gratifia d’un film nouveau qu’il réalisait au cours de son voyage.

Ses pêches en eaux troubles lui ont valu le surnom affectueux de “Papa-gadoue”, mais elles lui ont surtout permis de trouver de nombreuses espèces inconnues ou nouvelles pour la science. Aujourd’hui, deux d’entre-elles portent à jamais son nom. Ces pêches comportaient de nombreux risques sanitaires. Il fût affecté gravement par une bilharziose médullaire en 1998 et vivait avec un paludisme chronique, échappant encore à une issue fatale. Mais sa volonté, sa persévérance et son opiniâtré ont eu raison de la sagesse, Jean-Claude repartit vers les eaux troubles à la recherche de Cichlidés. Cette année encore au Guatemala, il échappa aux balles avec des amis. Cette fois encore ce n’était pas son heure. Son dernier voyage lui fût fatal, et l’élément qu’il aimait tant, l’eau, abritait aussi ses pires ennemis.

Pour garder ses chers Cichlidés, il construisit une serre privée, peut être la plus grande en France, avec des aquariums gigantesques. Il acquit une expérience irremplaçable en aquariophilie dont il fît profiter tous ses amis et aquariophiles.

Jean-Claude était encore co-fondateur et directeur de publication d’une revue aquariophile, ainsi que directeur de publication de sa chère Revue française des cichlidophiles. Il a écrit de nombreux articles, notamment sur les biotopes des Cichlidés et a publié avec Patrick de Rham un ouvrage primordial sur les Cichlidés de Madagascar.

Jean-Claude avait de nombreux projets et voyages en perspective. Il prit du recul en démissionnant de la présidence de l’AFC et fût nommé Président d’honneur le 4 octobre de cette année.

Ce fût un homme exceptionnel, et dans sa trop courte vie, il a accompli des choses exceptionnelles et inoubliables. Sa force de caractère, sa volonté et sa modestie ont fait qu’il était apprécié et aimé de tous. Il sera regretté par tous ses amis et connaissances à travers le monde.

Robert ALLGAYER & l’ensemble des membres de l’Association France Cichlid

Cybium 2004, 28(1): 4.